Dans un monde aux ressources limitées, la transition énergétique et l’électrification croissante des usages favorisent l’augmentation de la consommation de matières premières, en particulier des métaux non ferreux. Le modèle économique traditionnel – extraire, produire, consommer, puis jeter – montre aujourd’hui ses limites.
Un levier stratégique au niveau européen
Au sein de l’Union européenne (UE), l’économie circulaire s’est imposée comme un modèle de référence pour réduire notre empreinte écologique, sécuriser l'approvisionnement en matières premières et renforcer la souveraineté industrielle. Pourtant, seuls 11,8 % des matériaux utilisés en 2023 provenaient de matières recyclées, bien en deçà de l’objectif de 23 % fixé pour 2030. Cela souligne l'urgence d’une transformation systémique dans notre gestion des ressources.
Pour la filière câble, cette transition se traduit par trois axes principaux :
- L'écologie industrielle et territoriale : mutualiser l'utilisation des ressources, comme l'eau et l'énergie, et des services en transformant notamment les déchets en ressources.
- L'écoconception : intégrer l'analyse du cycle de vie (ACV) des produits pour limiter leur impact environnement
- L'économie de la fonctionnalité : favoriser l'usage des biens plutôt que leur possession.

Métaux critiques : cuivre et aluminium au cœur de la circularité
La filière française du recyclage des câbles dispose aujourd’hui d’une capacité de traitement d'environ 140.000 tonnes de câbles par an, principalement pour le cuivre, représentant près de 60.000 tonnes de matière recyclée. Ce métal joue un rôle clé dans les réseaux électriques et à la transition énergétique, ce qui explique la progression de sa demande au niveau mondial qui s’accompagne d’une forte augmentation des prix qui dépasse en 2026 les 13.000 USD par tonne[1].

La production mondiale du cuivre raffiné provient très largement de la Chine [2] (45%) ce qui souligne l’importance de sécuriser l’approvisionnement pour l’Europe. Entièrement recyclable sans perte de performance, il est recyclé à près de 45% [3] en Europe mais l’accès aux ressources est limité par la longévité de nombreux produits, souvent de 50 à 60 ans pour les infrastructures électriques.[4].
Plusieurs modèles de recyclage coexistent, allant du traitement classique (boucle ouverte) à l'approche intégrée (boucle fermée) en passant par le modèle projet de boucle fermée ou semi-fermée.
- Boucle ouverte : Un traitement classique comprenant la collecte nationale de déchets cuivre diffus ou pas, le traitement du déchet et la préparation de la matière, enfin la vente de grenailles au plus offrant.
- Boucle semi-fermée : Un modèle projet collecte d’une masse importante locale, traitement du déchet et préparation de la matière, vente à un affineur/fondeur, réincorporation.
- Boucle fermée. : Modèle intégré : collecte nationale de déchets cuivre diffus ou pas, traitement du déchet et préparation de la matière, affinage, fonderie et tréfilage, réincorporation matière secondaire.
Des expérimentations en cours avec Enedis sur le recyclage du cuivre issu de dépose de ligne aérienne cuivre ont démontré la possibilité de créer un modèle de boucle semi-fermée qui reste encore à industrialiser.
L'aluminium est également largement utilisé, notamment pour les lignes aériennes. Cependant, sa production est énergivore et émettrice de CO₂, avec près des deux tiers de la production mondiale concentrée en Chine [5]. Comme le cuivre, l’aluminium est entièrement recyclable, avec une économie d’énergie pouvant atteindre 95 % par rapport à sa production primaire [6].
Son taux de recyclage en Europe varie entre 45 et 50 %, mais la diversité des alliages constitue un défi majeur. Et pour certaines applications critiques, les exigences de pureté sont élevées. Néanmoins, des expérimentations récentes comme celle menée par le groupe RTE en 2023 montrent qu’il est possible d'utiliser de l'aluminium recyclé issu d'anciens câbles pour produire de nouveaux conducteurs, sans dégrader les performances.
« On se rend compte, avec nos partenaires industriels, que faire des câbles aériens avec de l’aluminium recyclé qui ne provient pas de nos câbles existants est presque impossible car nous ne retrouvons pas la bonne pureté de l'aluminium. Mais nous avons été rassurés sur le fait qu’ils peuvent réutiliser l’aluminium de nos anciens câbles pour en produire de nouveaux. À petite échelle, cela n’impacte pas la qualité. C’est un beau succès technique ! » souligne Stéphane Heurtault, responsable d’affaires chez RTE. [7]
Un objectif ambitieux vise ainsi à intégrer jusqu’à 30 % d’aluminium recyclé dans les lignes aériennes d'ici 2040 [8].
Un projet de création d’une entité de recyclage a été annoncé mi-novembre 2025 : CrystAlrod, qui pourrait traiter entre 60 000 et 70 000 tonnes de fil d’aluminium à partir de câbles usagés recyclés à Dunkerque.
[1] London Metal Exchange / Banque mondiale
[2] International Copper Study Group Factbook 2025– ICSG
[3] International Copper Study Group
[4] Le Monde, mars 2025 - filière RecyCâbles (Suez–Nexans)
[5] 60 % de la production mondiale d’aluminium primaire et près de 59 % de celle d’alumine (source : International Aluminium Institute)
[6] International Aluminium Institute
[7] Extrait de "Approvisionnement en métaux critiques", La Fabrique de l'industrie
[8] RTE, Schéma Décennal de Développement du Réseau
photo©vecteezy_Sasisevio Aning Nugraha
Cadre réglementaire : moteur de structuration des filières
L’Europe : économie circulaire et matières premières critiques
L'UE a renforcé son cadre réglementaire avec l'adoption du Critical Raw Materials Act (CRMA), qui fixe des objectifs 2030 ambitieux pour les matières premières stratégiques : 10 % d’extraction sur le territoire européen, 40 % de transformation et 25 % de recyclage des besoins annuels[1].
Le recyclage des métaux, dont le cuivre et l'aluminium, est en effet identifié comme un pilier de la souveraineté industrielle européenne.
L'Europe prépare aussi un Circular Economy Act pour établir un marché unique des matières premières secondaires, afin d'augmenter l'offre de matériaux recyclés de haute qualité et de stimuler leur demande dans l’Union. En complément, le règlement européen sur l'écoconception (ESPR) élargit son champ d'application au-delà des seuls produits énergétiques, avec des exigences renforcées en matière de durabilité, de réparabilité et de recyclabilité y compris sur l’intégration de matières recyclées. Toutefois à ce jour, les produits de la filière câbles ne sont pas soumis à ce règlement.
La France : loi AGEC et REP PMCB
En France, la loi AGEC de 2020 a marqué un tournant majeur dans la mise en œuvre de l'économie circulaire. Elle a conduit à la création de la filière de Responsabilité Élargie du Producteur (REP) pour les Produits et Matériaux de Construction du Bâtiment (PMCB), entrée en vigueur le 1er janvier 2023. Cette initiative vise à améliorer le tri à la source, la traçabilité des déchets, le recyclage et le réemploi. Selon l'ADEME, près de 40 % des déchets du bâtiment étaient encore collectés en mélange en 2019[2], ce qui limitait leur valorisation.
Les câbles, classés dans la catégorie 2 majoritairement composée de produits métalliques, présentent les taux de traitement suivants : 37 % sont recyclés, 8 % valorisés énergétiquement, moins de 1 % réemployés, tandis que le reste est éliminé.
REP Emballages
Les fils et câbles sont également concernés par la REP emballages. Bien qu’elle soit déjà en place pour les emballages ménagers, une REP emballages professionnels est prévue à partir de juillet 2026. Elle concernera notamment les emballages bois, plastiques et cartons utilisés dans la distribution des câbles aux professionnels.
L'action du SYCABEL
Le SYCABEL se positionne comme un acteur central et engagé dans la transition vers une économie circulaire pour la filière câble. Il porte une vision claire : l’économie circulaire doit être un levier de compétitivité, de souveraineté industrielle et de décarbonation, et non une simple contrainte réglementaire.
Il agit à plusieurs niveaux :
- Représentation et contribution auprès des pouvoirs publics, pour garantir que les réglementations tiennent compte des réalités industrielles de la filière câble.
- Soutien aux filières de recyclage, notamment pour les démarches de boucles fermées et semi-fermées concernant le cuivre et l'aluminium, indispensables pour sécuriser nos approvisionnements. Le SYCABEL pilote également une initiative dédiée au recyclage des matières stratégiques, intégrée à la feuille de route RSE de la FIERE.
- Accompagnement des industriels, notamment sur l’évaluation de l’impact environnemental et la mise en conformité avec les dispositifs REP.
Le SYCABEL défend une approche pragmatique qui privilégie des objectifs réalistes et technologiquement atteignables pour sécuriser l’accès aux gisements de déchets, et garantir la qualité, la sécurité et la performance des câbles intégrant des matières recyclées.
Et demain ?
Au-delà du recyclage, le réemploi des câbles reste un axe de progrès identifié par la loi AGEC et la REP PMCB.
Actuellement marginal et limité à des initiatives locales, il soulève des questions autour du contrôle et de la qualité des produits réemployés, sur les garanties de sécurité d’usage, la traçabilité et la responsabilité. Des démarches de requalification commencent à émerger, incluant des contrôles visuels, la vérification du marquage et des essais électriques par échantillonnage.
Correctement encadré, le réemploi des câbles pourrait donc contribuer à réduire l’empreinte environnementale de certaines applications.
Pour la filière câble, l’économie circulaire apparaît sans nul doute comme un levier stratégique de transformation, conciliant transition énergétique, performance industrielle et souveraineté européenne !
INTERVIEW
Vanessa Regaudie, Cheffe de mission Achats RSE et Responsable Audits Fabrication chez Enedis
« Les réseaux d’électricité sont un vecteur majeur de l’économie décarbonée ! »

1. Quelle est la politique de développement durable d’Enedis et ses initiatives actuelles ?
La politique de développement durable d’Enedis est un pilier central de l’entreprise. En devenant en 2023 une société à mission, Enedis renforce cet engagement en intégrant pleinement les exigences de responsabilité sociétale dans nos statuts. Et en tant que service public de distribution d’électricité, nous sommes au cœur de la transition écologique. Nous voulons avoir un impact positif et œuvrer pour une croissance durable. Enedis poursuit la réduction de ses émissions de CO2 et contribue à l’électrification des usages et au développement des EnR avec une préoccupation sociale forte et un soutien à l’économie locale. Cette démarche se décline naturellement dans la politique des achats de matériels électriques en intégrant jusqu'à 20 % de critères environnementaux et sociaux dans nos décisions d’achat !
2. Comment cette politique influence-t-elle vos achats et la sélection de vos fournisseurs ?
La politique d’achats d’Enedis constitue un levier puissant pour décliner notre démarche RSE au quotidien. Car nous ne pouvons pas réussir cette croissance sans nos partenaires de la filière des réseaux.Nous avons mis en place des orientations claires pour encourager nos partenaires à adopter des pratiques responsables avec la volonté de mettre en œuvre des actions concrètes et efficaces. Cela envoie un signal fort, surtout avec la croissance du volume de matériel acheté. En procédant ainsi nous contribuons à limiter l’impact carbone des produits, que ce soit en favorisant les matériaux recyclés ou en réduisant les plastiques dans les emballages. Nous ne voulons pas nous limiter à des déclarations d’intention ou à des systèmes de notation externes : nous souhaitons véritablement embarquer nos fournisseurs dans cette aventure. Une des avancées dont nous sommes particulièrement fiers, c’est l’intégration d’au moins 10 % d'aluminium recyclé dans tous les câbles à moyenne tension que nous achetons. C’est une initiative concrète et significative qui démontre notre engagement en faveur d’une véritable économie de ressources. D'ailleurs, nous sommes très reconnaissants envers la profession de jouer le jeu à nos côtés !
3. Quelles évolutions prévoyez-vous à l’avenir ?
Nous continuerons à stimuler la dynamique de progrès pour réduire les émissions de carbone, en favorisant l'utilisation de matériaux durables, moins carbonés et plus facilement recyclables. Nous devons traiter également des sujets émergents comme la biodiversité. Cela implique d’encourager nos partenaires vers toujours plus d'innovation.
Le grand défi pour nous, c’est de sécuriser toute la chaîne d’approvisionnement en incitant nos partenaires à décliner nos orientations vers leurs fournisseurs. Le dialogue est fondamental dans tout ça, et croyez-moi, nous continuerons à soutenir une politique globale de l’offre ambitieuse et concrète qui privilégie des solutions vertueuses !
photo©V.Regaudie
FOCUS
Table ronde sur l’éco-conception des réseaux
Le SYCABEL a participé à la matinée consacrée à l’écoconception des réseaux organisée avec le CSF Infrastructures numériques et la Direction Générale des Entreprises en septembre dernier.
Au programme : présentation du Livre blanc sur l’écoconception des équipements de réseau et du guide sectoriel des bilans d’émissions GES.
Deux de nos adhérents, Marc Leblanc (PRYSMIAN) et Jean-Marc Paret (ACOME) y ont partagé leurs retours d’expériences.
photo ©Sycabel
FOCUS
Verdissement des usines de câbles à fibres optiques

Membre fondateur du Comité Stratégique de Filière Infrastructures Numériques (CSF IN) aux côtés de l’AFNUM, de la Fédération Française des Télécoms et d’InfraNum, le SYCABEL contribue activement aux travaux de ce comité notamment avec ce Livre blanc sur le verdissement des usines de câbles à fibres optiques.
Ce dernier met en lumière les bénéfices environnementaux d’une filière de recyclage des câbles à fibres optiques et l’importance d’une intégration systématique de critères environnementaux dans les politiques d’achat pour encourager les investissements et soutenir une industrie plus responsable.
FOCUS
Etude ADEME - Réseaux de communication privés : appel à l’expertise du SYCABEL
Suite aux études menées avec l’Arcep sur les réseaux de télécommunication, l’ADEME initie une «Étude sur l'impact environnemental des infrastructures numériques des bâtiments tertiaires ». Matthieu Evrard (ACOME), Président du Comité Directeur câbles de données du SYCABEL, a été invité à participer à son Comité de pilotage.
Cela témoigne de la reconnaissance de l’expertise du SYCABEL sur les réseaux et leurs enjeux environnementaux.
FOCUS
Avancée majeure pour la communication environnementale du secteur
Le SYCABEL alerte régulièrement sur la nécessité d'assurer la comparabilité des données environnementales des câbles fabriqués dans le monde.
Pour les câbles de communication, une avancée majeure a été franchie en août 2025 avec la publication du document IEC TR 62839-1 Ed2 auquel Christophe Canepa (ACOME), Président de la Commission Technique câbles à fibres optiques du SYCABEL, a activement participé.
Ce guide établit un cadre uniforme pour mesurer leur impact environnemental en s’appuyant sur les règles spécifiques (PSR) du programme PEP Ecopassport (référentiel reconnu en France et en Europe par l'Arcep, le SYCABEL ou Europacable).
Les donneurs d'ordres (opérateurs, bureaux d’étude, installateurs, intégrateurs) peuvent désormais s’y référer pour leurs demandes de déclaration environnementale de produit (DEP), ce qui garantit que les analyses du cycle de vie (ACV) sont réalisées selon une méthodologie commune et harmonisée au niveau international.
C'est une avancée majeure pour la transparence, la fiabilité et la crédibilité de la communication environnementale du secteur.
Sommaire de la LIS N°32
- EDITO : Philippe ARMAND - Délégué Général
- DOSSIER : Économie circulaire : un cadre devenu incontournable
- INTERVIEW : VANESSA REGAUDY, Cheffe de mission Achats RSE et Responsable Audits Fabrication chez Enedis
- ZOOM : France Très Haut Débit, une croissance sous pression
- ACTUALITÉS
- LE SYCABEL ETAIT PRÉSENT
- NOS DERNIERES PUBLICATIONS
- AGENDA DE LA PROFESSION

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